La forme de Gouvernance politique de notre pays, basée sur la légitimité populaire, s'impose petit à petit sur tout le continent africain, après avoir conquis l'essentiel de la planète. La démocratie, pouvoir du peuple, se caractérise par un pouvoir politique bénéficiant d'une onction populaire, elle-même octroyée par l'expression de suffrage. On pourrait penser qu'ainsi, la collectivité se choisit des leaders politiques de manière libre et se reconnaîtrait en eux. Elle les soutiendrait et ferait corps derrière eux pour la conduite du pays. Ces principes de la démocratie suscitent l'adhésion de la majorité du globe.
Dans la conduite des affaires publiques, le choix des responsables n'est pas toujours le meilleur. La mise en œuvre de la stratégie gouvernementale est susceptible d'être contrainte par la qualité des hommes, leur moralité également. Toute chose qui laisse clairement apparaître que les leaders peuvent faillir, soit par l'inopportunité de leur politique ou par l'inefficacité de sa mise en œuvre ; cela alors qu'ils ont bénéficié du soutien populaire. Ceci prouve que l'aval du peuple à l'origine ne signifie pas, à priori, la réussite dans sa mission ; Que le soutien populaire initial n'est pas un gage de succès futur. D'où la nécessité d'une constance vigilance dans l'exécution des décisions et dans la supervision de celles-ci.
Il est difficile pour les leaders de se contrôler eux-mêmes, en pleine action. Cette tâche revient, en démocratie, aux forces politiques qui ne sont pas au pouvoir. Ces forces, dénommées opposition, sont ainsi investies du rôle de contrôle critique et de la proposition d'alternatives aux décisions du pouvoir. Elles doivent s'organiser pour ce faire. Cependant, étant elles mêmes aspirantes à l'exercice du pouvoir, il existe le risque qu'elles se transforment en forces de contestation systématique dans l'unique but d'effriter le soutien populaire dont bénéficie les autorités, en force de déstabilisation qui ne rechigne pas la surenchère populiste à des fins uniquement électoraux...A l'inverse, il existe également le risque que l'opposition soit inféodée au pouvoir sous une forme ou une autre (gouvernement d'union ou de consensus, nomination à des postes de responsabilité, financement diverse...) ; ce qui lui ôterait toute ambition de contrôle et de proposition d'alternative. Ce second cas est le plus souvent rencontré en Afrique. Cette situation porte préjudice au contrôle et à la supervision de l'action gouvernementale et appelle à une autre forme de contrôle et d'accompagnement ; celle de la société civile.
Le corps social, les citoyens, à travers leurs différentes structures organisées, au nom de qui les gouvernants sont responsables, forment la société civile. N'ayant pas d'ambition politique, mue par des intérêts corporatistes ou simplement désireux d'exister, la société civile forme le meileur des remparts aux débordements gouvernementaux. Les pays disposant d'une démocratie mature ont également une société civile organisée. Cela reste à affaire dans notre pays et en Afrique.
Les exemples d'immaturité de la société civile sont autant de pistes d'amélioration. L'Etat doit s'employer vers cette amélioration car il y a intérêt. Il doit être aidé par les citoyens eux-mêmes.
Une société civile jouant son rôle de vigile est un gage de bonne gouvernance, d'une démocratie participative et synonyme d'efficacité des actions publiques vers le progrès social.
La société civile dans ses composantes
Toutes les nations et de manière générale toutes les collectivités humaines se caractérisent par un corps social et des leaders avec, pour faire le lien, un ensemble de structures professionnelles, confessionnelles, corporatistes, ...Ces dernières forment la base de la société civile. Elles regroupent, organisent, sensibilisent, défendent, dirigent, conditionnent et conseillent les citoyens. Elles sont le relais des autorités publiques de même qu'elles sont les gardiens vigilants de l'intérêt collectif. En cela, ces structures forment la société civile.
Le corps social est ainsi compartimenté. Chaque compartiment doit jouer efficacement son rôle pour que le tout soit harmonieux et corresponde aux attentes d'une société civile vigilante et responsable. Les différents rôles dévolus aux organisations de la société civile dépendent de la spécificité de chacune. Ces spécificités permettent de les classer en plusieurs grandes catégories.
La première catégorie d'organisation de la société civile porte sur les vecteurs de la politique publique : les citoyens impliqués dans
l'information et la communication ainsi que dans leur analyse et leur diffusion auprès du grand public.
Les professionnels de la communication que sont les journalistes jouent un rôle significatif dans la bonne information du public et donc dans son adhésion ou non aux choix des décideurs. Les agents de communication, catégorie dans laquelle il faut également inclure les conseillers en communication des responsables ainsi que tous les acteurs de la communication sont également des vecteurs importants de l'information auprès des populations. Leurs informations sont souvent orientées voire tendancieuses mais la diversité de leurs avis et leur appartenance à des camps quelque fois opposés permettent aux utilisateurs de se faire une opinion. Les professionnels de la communication, quelque soit leur catégorie, évoluant dans la sphère publique ou dans le privé, jouent un rôle unique dans l'appropriation par le peuple des décisions des gouvernants. Ils sont formés dans cette optique et sont soumis à l'observation de règles de déontologie et de rigueur qui accroissent leur professionnalisme et soutiennent la qualité des informations fournies à la masse. Ils sont également regroupés en organisation professionnelle pour défendre leurs intérêts et améliorer leurs conditions de travail. Ils sont enfin soumis, dans certains cas, à des autorités indépendantes de contrôle pour veiller au respect des règles édictées ci dessus, eu égard à l'extrême sensibilité de leur métier. Les citoyens communicants forment, pour tout cela, le premier palier de la société civile car contribuent à ériger les autres corps en acteurs responsables.
Ils sont complétés dans ce rôle par tous les citoyens impliqués dans l'analyse des politiques et de la société, dans les réflexions destinées au grand public, dans la proposition d'alternatives désintéressées aux gouvernants...bref les personnes classées dans la catégorie des « intellectuels ». On retrouve dans cette frange tous ceux qui sont cités ci dessus mais également les clubs et autres formes de cercles et groupes de réflexions. Les intellectuels sont caractérisés par la production d'écrits sur tous les sujets concernant la vie de la nation, dénonçant des tares et/ou proposant des solutions d'amélioration. Ils brillent par leurs capacités à produire des œuvres pouvant servir aux dirigeants mais également aux autres composantes de la société civile dans leurs activités. Leur apport à la population est d'autant plus appréciable qu'ils demeurent non partisans.
La seconde composante de la société civile est formée par les organisations professionnelles (agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, professions libérales, etc.) dont la vocation est d'organiser, superviser et améliorer l'exercice de leurs activités au bénéfice de la société toute entière. Ces organisations sont souvent institutionnalisées pour répondre à la nécessaire existence de partenaires des pouvoirs publics dans des domaines sensibles et stratégiques. Elles sont organisées, souvent placées sous la tutelle de l'administration, disposent d'un cadre réglementaire d'exercice qu'elles se doivent de respecter pour mener à bien leurs attributions. Ces organisations, comme les professionnels de l'information et de la communication, astreignent leurs membres au respect de règles professionnelles. Leurs rôles de partenaires des autorités ne limitent en rien leur responsabilité de forces de contestation et/ou de proposition qui caractérisent toutes les composantes de la société civile. En effet, ces structures sont souvent spécialisées et disposent de connaissances quelque fois supérieures à celles des autorités dans leurs domaines respectifs. Ces connaissances peuvent être mises à profit pour aider les pouvoirs à mieux définir et appliquer leur politique. Elles peuvent également être mises à profit pour faciliter l'application des décisions des gouvernants. Elles peuvent être enfin sollicitées pour contester et combattre les décisions politiques erronées, dans l'objectif de les modifier. Les organisations professionnelles, bien structurées et disposant de marges de manœuvres suffisantes peuvent contribuer efficacement à la conscientisation de leurs bases et donc de la population d'un côté et à la définition de politiques pertinentes de l'autre.
Les organisations syndicales, du côté du patronat ou des travailleurs, par la défense de leurs intérêts sectoriels contribuent efficacement à l'animation des débats publics indispensables à l'évolution de toute société. Conçues dans l'unique objectif de la défense des « intérêts matériels et moreaux » de leurs membres, les organisations syndicales se maintiennent en constante alerte sur tous les sujets pouvant toucher leurs intérêts. Elles maintiennent ainsi une veille sur les autorités qui se révèle souvent salvatrice pour leurs adhérents. Elles mènent régulièrement des combats contre toute décision jugée contraire à leurs aspirations et empruntent toute forme de lutte leur permettant d'arriver à leurs fins. Ce dynamisme et cette constance alerte sont des qualités que toutes les autres composantes de la société civile devraient leur envier. La contradiction entre les intérêts des employeurs et ceux des travailleurs, l'opposition régulière entre les positions des organisations patronales et syndicales sont les gages d'un débat fécond et d'échanges permettant aux politiques d'adopter des solutions pertinentes aux nombreux problèmes rencontrés dans le monde du travail. Ce face à face est donc loin d'être négatif et favorise l'implication des citoyens, mus par des intérêts sectoriels, dans la mise en œuvre de décisions s'appliquant à la masse. Les organisations syndicales en deviennent des acteurs majeurs de la société civile.
La défense des usagers de l'administration et des consommateurs est une composante de la société civile qui tente de s'imposer dans notre pays et sur le continent. Celle-ci est une résultante de la dérégulation économique à grande vitesse qui s'impose dans nos pays mais aussi de la liberté de parole et d'association consécutive à la démocratisation progressive du continent.
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